L’Espagne demeure l’une des destinations européennes les plus attractives pour les acheteurs immobiliers internationaux, offrant un cadre de vie envié, de solides opportunités d’investissement et un marché varié. Cependant, l’acquisition d’un bien en Espagne s’inscrit dans un cadre juridique et fiscal complexe qu’il peut être difficile de maîtriser pour un acheteur étranger. Pour mieux comprendre le processus et éviter les pièges les plus courants, nous avons rencontré l’équipe d’Albir Abogados, spécialistes en droit immobilier international et en planification fiscale pour non-résidents. Dans cet entretien, ils partagent leur expertise sur l’audit juridique (due diligence), les contrats, la fiscalité et les obligations post-vente.

 

Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous préciser la spécialité d’Albir Abogados ?

Chez Albir Abogados, nous sommes spécialisés en droit immobilier international et en optimisation fiscale pour non-résidents. Nous ne sommes pas un cabinet généraliste : notre unique priorité est de sécuriser les transactions immobilières en Espagne pour les acquéreurs étrangers. Notre rôle consiste à identifier et éliminer les risques juridiques, urbanistiques, fiscaux et d’enregistrement liés à un marché régi par des réglementations locales complexes, garantissant ainsi la protection intégrale du patrimoine de nos clients dès le premier jour.

 

Quel est le profil des clients internationaux qui vous contactent pour un achat en Espagne ?

Nous accompagnons un profil de clientèle très ciblé : investisseurs privés, familles acquérant une résidence secondaire haut de gamme ou personnes souhaitant s’installer en Espagne pour leur retraite ou leur style de vie. Si nous pratiquons naturellement le droit espagnol, l’anglais reste notre principale langue de travail avec la clientèle internationale. De plus, nous offrons une assistance native et professionnelle en polonais et en français. Cela nous permet de gérer des transactions complexes pour des acheteurs du Royaume-Uni, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique, de Scandinavie et d’Europe de l’Est, sans aucune barrière linguistique pouvant créer des malentendus contractuels.

 

Quelles sont les premières démarches juridiques à effectuer avant de commencer le processus d’achat ?

L’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse est d’engager des négociations ou d’effectuer des transferts de fonds sans l’assistance d’un avocat indépendant. La première étape essentielle consiste à mandater un représentant juridique pour analyser et évaluer l’ensemble de la documentation avant toute signature. Parallèlement, l’acheteur doit demander son NIE (Número de Identificación de Extranjero), ouvrir un compte bancaire conforme en Espagne et réaliser une simulation fiscale pour connaître le coût réel de l’opération dans la communauté autonome concernée.

 

Pourquoi le NIE est-il indispensable pour acheter un bien ?

Le NIE n’est pas une simple formalité administrative : c’est le numéro d’identification juridique et fiscal obligatoire pour toute transaction financière en Espagne. Sans lui, le système notarial et d’enregistrement bloque la procédure. Il est légalement impossible de signer l’acte authentique de vente (Escritura Pública), de régler les impôts afférents, de souscrire les contrats de fournitures ou d’inscrire le bien au nom de l’acheteur au Registre de la propriété sans ce numéro.

 

Les acheteurs doivent-ils être physiquement présents en Espagne pendant le processus, ou tout peut-il se faire à distance ?

La présence physique de l’acheteur n’est absolument pas obligatoire. Plus de 90 % de nos transactions internationales sont réalisées à distance au moyen d’une procuration notariée spécifique (Poder Notarial). Cet instrument juridique nous permet d’agir au nom du client devant les notaires, les banques, les administrations publiques et le Registre de la propriété. C’est une solution particulièrement confortable et efficace, qui offre une sécurité juridique strictement identique à celle d’une présence en personne.

 

Pourquoi est-il crucial de faire appel à un avocat indépendant lors d’un achat en Espagne ?

Parce qu’il existe un conflit d’intérêts inhérent au marché immobilier espagnol. Les agents immobiliers, intermédiaires et promoteurs cherchent avant tout à conclure la vente afin de percevoir leur commission ; ils ne sont ni qualifiés ni contractuellement tenus de défendre les intérêts de l’acheteur. Un avocat indépendant agit exclusivement pour son client. Notre rôle n’est pas de faciliter une vente à tout prix, mais de l’examiner en profondeur et, si nécessaire, de déconseiller fermement l’opération si des risques juridiques majeurs sont détectés.

 

Quelles vérifications juridiques effectuez-vous avant la signature d’un contrat ?

Avant qu’un client ne signe quoi que ce soit, nous menons un processus complet de vérification juridique couvrant trois domaines essentiels. Tout d’abord, nous effectuons des recherches au cadastre afin de vérifier la propriété et d’identifier toute charge, hypothèque, saisie ou condition restrictive affectant le bien immobilier. Ensuite, nous examinons les dossiers d’urbanisme et administratifs auprès de la mairie afin de confirmer la légalité de la construction, l’absence de procédures d’exécution ou de démolition, ainsi que la validité des permis d’occupation correspondants. Enfin, nous examinons la situation fiscale et les charges de copropriété du bien immobilier afin de nous assurer qu’il n’existe aucune dette en souffrance relative à la taxe d’habitation (IBI), aux frais de collecte des déchets ou aux charges de copropriété, car ces dettes pourraient être transférées au nouveau propriétaire si elles ne sont pas réglées avant la signature définitive.

 

Peut-on signer un document de réservation sans consulter un avocat ?

La réponse est clairement non. Les agents immobiliers incitent souvent les acheteurs a signer des documents de réservation (documento de reserva) pour retirer le bien du marché. Cependant, ces modèles standard manquent fréquemment de clauses de protection adéquates et peuvent engager juridiquement l’acheteur avant même la réalisation des vérifications d’usage. Signer un tel document sans conseil juridique expose à la perte de l’acompte si des problèmes sont découverts ultérieurement.

 

Quelle est la différence entre un document de réservation et un contrat privé de vente en Espagne ?

Le document de réservation est un accord préliminaire impliquant généralement le versement d’une somme modeste pour bloquer le bien et suspendre sa commercialisation. Le contrat privé d’achat (Contrato Privado de Compraventa), souvent structuré sous forme de contrat d’arrhes (Contrato de Arras), est un document juridique beaucoup plus engageant. Il fixe le prix définitif, les délais de signature, la répartition des frais et, surtout, las conséquences financières en cas de manquement de l’une des parties.

 

Un acheteur peut-il perdre son acompte ? Dans quelles circonstances ?

Oui, c’est un risque réel si le contrat est mal rédigé. En droit espagnol, si le type d’arrhes n’est pas expressément stipulé, les tribunaux peuvent interpréter l’accord de manière à permettre à la partie lésée d’exiger l’exécution forcée de la vente plutôt que la simple conservation de l’acompte. Pour protéger nos clients, nous rédigeons généralement des contrats d’arrhes libératoires (arras penitenciales), régis par l’article 1454 du Code civil espagnol. Ainsi, si l’acheteur se rétracte, il perd son acompte ; si le vendeur se rétracte, il doit restituer le double de la somme perçue.

 

En dehors du prix d’achat, quels frais annexes l’acheteur doit-il prévoir ?

Il convient d’ajouter généralement entre 12 % et 15 % du prix d’achat pour couvrir les impôts et frais annexes, selon la nature et la valeur du bien. Dans la Communauté valencienne, l’impôt sur les transmissions patrimoniales (ITP) pour les biens de seconde main s’élève actuellement à 9 % jusqu’à 1 000 000 €, et à 11 % au-delà. Pour les logements neufs, l’acheteur doit s’acquitter d’une TVA à 10 %, cumulée à l’impôt sur les actes juridiques documentés (AJD), fixé à 1,4 %. Il faut y ajouter les honoraires du notaire, les frais de Registre de la propriété et les honoraires d’avocat.

 

Existe-t-il des impôts spécifiques pour les propriétaires non-résidents après l’achat ?

Oui, les obligations fiscales ne s’arrêtent pas à la signature de l’acte. Les propriétaires non-résidents doivent s’acquitter de la taxe foncière locale (IBI) et de l’impôt sur le revenu des non-résidents (IRNR). Si le bien est réservé à un usage personnel, un impôt est calculé sur la base d’un revenu locatif fictif (imputación de rentas). Si le bien est mis en location (saisonnière ou longue durée), les revenus locatifs doivent être déclarés et imposés dans les formes légales.

 

Que se passe-t-il le jour de la signature chez le notaire ?

La transaction est formalisée par la signature de l’acte authentique de vente (Escritura Pública de Compraventa) devant notaire. Le notaire atteste de la légalité de l’opération, vérifie les moyens de paiement et autorise la remise des clés. Notre rôle est déterminant à cette étape : nous révisons le projet d’acte final immédiatement avant la signature pour garantir sa parfaite conformité avec ce qui a été convenu dans le contrat privé.

 

Quels services fournissez-vous après la signature de l’acte ?

La signature chez le notaire ne constitue qu’une étape. Nous prenons en charge l’ensemble de la phase post-vente : récupération des copies authentiques de l’acte, liquidation et paiement des impôts dans les délais légaux, inscription du titre de propriété au Registre de la propriété et changement de titulaire pour les contrats de fournitures (eau, électricité) et les charges de copropriété.

 

Quel est le conseil le plus important à donner à une personne souhaitant acheter un bien en Espagne cette année ?

Remplacer l’enthousiasme par la rigueur juridique. Le marché immobilier espagnol offre d’excellentes opportunités, mais il repose sur le principe selon lequel l’acheteur assume les risques s’il n’effectue pas les vérifications nécessaires. Ne vous laissez jamais pressionner par des délais artificiels imposés par un agent ou un vendeur. Tout investissement doit pouvoir résister à un audit juridique rigoureux avant le transfert du moindre euro.